Comment le boycott américain des Jeux olympiques de Pékin divise le monde
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La dernière fois que les États-Unis ont boycotté des Jeux olympiques, la Chine s’est jointe à eux en se retirant des Jeux de Moscou en 1980 avec au moins 44 autres nations, apparemment pour protester contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Quatre décennies plus tard, la Chine fait maintenant l’objet d’un mouvement de boycott des Jeux olympiques. Les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie se sont associés pour un « boycott diplomatique » : aucun représentant du gouvernement ne participera aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022, mais les athlètes des pays concernés concourront quand même. Le Japon a déclaré qu’il n’enverrait pas non plus d’officiels de haut niveau, mais qu’il enverrait des officiels et des athlètes olympiques. Le boycott diplomatique de Pékin n’a ni l’ampleur, ni la gravité des boycotts de l’époque de la guerre froide. Cependant cette décision marque la fin d’une détente mondiale sur les Jeux olympiques qui durait depuis la fin de la guerre froide et qui s’est maintenue jusqu’aux premiers Jeux olympiques de Pékin en 2008 et aux Jeux d’hiver de 2014 à Sotchi, en Russie. La Chine a réagi avec fureur en accusant les pays boycotteurs de politiser le sport. Si les tensions ne s’apaisent pas, les responsables chinois pourraient envisager une action similaire ou une autre mesure punitive pour les Jeux olympiques d’été de 2028 à Los Angeles, selon les observateurs.

Boycotts olympiques : Une histoire vieille de 2 300 ans

Les boycotts ne sont pas nouveaux pour les Jeux olympiques. À l’ère moderne, les boycotts des jeux olympiques sont devenus la vitrine des grands conflits géopolitiques. Bien qu’une action ou une politique spécifique soit généralement invoquée pour justifier l’annonce du boycott, des tensions politiques plus larges sont au cœur de la décision.

Cette fois, les responsables de Washington et des autres capitales participantes citent les violations des droits de l’homme en Chine, notamment les atrocités commises à l’encontre des Ouïghours et d’autres minorités ethniques au Xinjiang, ainsi que la répression du mouvement pro-démocratique à Hong Kong. Les boycotts olympiques et les appels au boycott ont été efficaces pour attirer l’attention du monde sur les problèmes, mais pas nécessairement pour changer le comportement du pays hôte. Selon les experts en histoire des jeux olympiques, ces boycotts ont coûté très cher aux athlètes qui n’ont pas pu participer. « C’était toujours l’un des plus gros problèmes des boycotts de 1980 et 1984, car beaucoup pensaient, surtout avec le recul, que ce sont les athlètes qui ont souffert », déclare Toby Rider, professeur associé d’histoire du sport.

Les tensions politiques l’emportent sur les appels à la neutralité dans le sport

Le Comité international olympique (CIO) a traversé près de 40 ans de coopération olympique en s’efforçant de séparer le plus possible la politique et le sport. Cette stratégie s’est révélée particulièrement efficace lors des Jeux olympiques de Pékin en 2008, que de nombreux observateurs considèrent comme la « fête de l’entrée en scène » de la Chine sur la scène internationale.  Cependant, la neutralité politique déclarée par le CIO est de plus en plus remise en question. Human Rights Watch a accusé l’organisation de couvrir Pékin lorsque les membres du CIO se sont entretenus avec Peng par chat vidéo. En octobre, le Congrès mondial ouïghour, une organisation internationale qui défend les droits des Ouïghours, a exhorté les gouvernements à se retirer des Jeux, affirmant que les participants seraient complices du « génocide » en Chine. Le CIO, pour sa part, reconnaît que certaines questions politiques sont devenues insolubles, mais affirme que les Jeux doivent continuer malgré tout.

« Les enjeux sont très élevés pour tirer la sonnette d’alarme contre les violations des droits de l’homme commises par la Chine – sans tomber dans ce que nous pourrions considérer comme un piège de la guerre froide », déclare l’expert en politique sportive M. Boykoff.  « Ces jeux ne seront pas annulés, et les gens doivent le comprendre », déclare Dick Pound, le plus ancien membre du Comité international olympique.

Le canadien M. Pound, suggère également que les boycotts diplomatiques suffisent à envoyer un message à la Chine. « Ils doivent également savoir qu’il y a désormais une ligne dans le sable, qui comporte deux volets : d’une part, les jeux vont se poursuivre et, d’autre part, un certain nombre de pays dans le monde vont exiger de la Chine qu’elle réponde à certaines de ces préoccupations de manière significative », déclare-t-il.

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